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N° 2 | 2010
Violences faites aux femmes 

Numéro dirigé par Françoise Duroch *

 

- De la complexité des politiques opérationnelles humanitaires en matière de violences sexuelles.
- Le genre sur le terrain du  juridique : de l’effectivité des normes.
- Les femmes dans l’imagerie humanitaire.

Les violences sexuelles sont au cœur de la préoccupation humanitaire : des visages utilisés dans la communication des Organisations Non Gouvernementales, de la protection des droits des femmes aux politiques opérationnelles des agences internationales à la terminologie utilisée pour décrire ce, qui, bien souvent, relève de tabous majeurs. Ces problématiques ont pris un essor considérable ces quinze dernières années, faisant de la question notamment des viols en situation de guerre, une thématique récurrente dans le discours des humanitaires.

Françoise Duroch
Chargée de recherches, Unité de Recherches sur les Enjeux et les Pratiques Humanitaires - UREPH, Médecins sans frontières, Genève.

Enseignante, CERAH, Centre d’Enseignement et de Recherches en Action Humanitaire.

* Les opinions exprimées dans ce numéro n’engagent que les auteurs des articles.

 Les auteurs

Françoise Duroch s’intéresse aux représentations féminines – femmes souvent perçues à travers le prisme de la maternité – dans la communication humanitaire, en même temps qu’elle analyse les processus d’appropriations de Médecins Sans Frontières de la notion « de violences faites aux femmes ».

Pour les organisations médicales humanitaires, les violences sexuelles se rapportent essentiellement aux politiques opérationnelles des agences dont la tâche est de mettre en œuvre une aide effective dans des contextes complexes comme le souligne l’article de Julia Branchat de Médecins du Monde. Les opérations montées au Pakistan et en Haïti sont particulièrement emblématiques des nombreux enjeux auxquels doivent faire face les organisations humanitaires : octroi des soins médicaux, nécessité d’une approche transversale… Ces programmes sont souvent délicats à élaborer, à suivre et à évaluer.

Aymeric Elluin d’Amnesty International interroge, quant à lui, les normes internationales en matière de lutte contre les violences sexuelles ainsi que la défaillance des Etats et la nécessaire mobilisation de la société civile en matière d’application du droit international.

Jane Freedman, professeur de sociologie à l’université Paris 8, questionne la portée des résolutions internationales en tant qu’outil de protection. En effet, ces instruments juridiques sont souvent non contraignants et leur application devrait s’accompagner d’une analyse des rapports de forces globaux qui existent dans toute société et dont les femmes font partie intégrante.

A l’instar de Jane Freedman, Laure Wolmark, psychologue à COMEDE, élabore une approche critique du concept de victime. Elle nous parle de Portraits sans visages, femmes muettes qui servent d’iconographie à l’imagerie humanitaire. Des ambivalences des agences, oscillant entre invisible, visible et dicible, montrent et dissimulent des femmes à qui on enlève a priori la possibilité de pouvoir croiser le regard de l’Autre.

Dans cet article « Genre, exil et persécutions » Fabienne Le Houérou, chercheur(e) au CNRS, s’appuie sur deux terrains au Darfour et au Tibet pour interroger la catégorie « vulnérabilité féminine » dans les situations de conflits ou de massacres ethnocidaires. Elle s’appuie sur son dernier film « Les sabots roses du Bouddha » (26 minutes-CNRS-Images).

Claire Fourçans rappelle, à travers plusieurs exemples de procès (Tribunaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie, le Rwanda, République démocratique du Congo…), l'évolution de la répression par les juridictions pénales internationales et montre l'extrême difficulté à rendre compte du caractère planifié au plus haut niveau de certaines violences faites aux femmes.